Édito | C’est quoi le cloud rock ? — feat. La Pieuvre
Le terme musical le plus discuté, le son le plus répandu de la scène indé…
Le journaliste Sylvain Di Cristo a.k.a. La Pieuvre plonge dans les abysses d’un genre né dans les méandres des internets.
En collaboration avec La Pieuvre
Si vous étiez passé à côté du « cloud rock » en 2025, il va désormais devenir impératif de savoir de quoi il s’agit, car c’est l’une des sonorités les plus répandues parmi les artistes du programme Avant-Garde du Pitchfork Music Festival Paris 2026. Mais c’est quoi le « cloud rock », au juste ?
Le « cloud rock », c’est un peu compliqué. Parce que c’est un son qui ne se définit pas vraiment par ce qu’il est, mais plutôt par ce qu’il n’est pas : ce n’est ni strictement du rock, de la musique électronique ou de la pop, ni du trip-hop, de la vaporwave ou du shoegaze, ce n’est pas non plus du cloud rap, de l’indie rock ou de la dream pop, mais un peu de tout ça à la fois.
Le terme « cloud rock » apparaît d’abord en 2025 sur feu la plateforme spécialisée Nina Protocol. Il porte en lui la même atmosphère nébuleuse que le cloud rap, mais le rap en moins et les guitares en plus. Nébuleuse est aussi sa définition qui, au départ, engloutit des dizaines et des dizaines d’artistes issu·es de scènes très différentes. D’ailleurs, pour Les Inrocks, le « cloud rock » est davantage un « mood » qu’un véritable sous-genre musical.

Depuis, le son s’est affiné, s’est trouvé. C’est ce qu’a également remarqué la journaliste et curatrice musicale Charlotte Calamel Duprey, qui suit le sujet depuis le début : « Le “genre” cloud rock continue de s’alimenter des revivals des scènes alternatives : trip-hop, rock indé, et même un peu folk, limite country, dernièrement. »
C’est pour ça qu’à l’oreille, il est parfois difficile de distinguer le « cloud rock » de l’indie rock ou de la dream pop, par exemple, parce qu’il est fait des mêmes éléments : du rock et de l’électronique. Sauf que dans le cas du « cloud rock », ce sont les guitares qui viennent doper une production électronique – ce qui, dans ce sens, est parfaitement novateur.
Des guitares qui sont rarement directes, plutôt diffuses. Elles sont comme vidées de leur substance pour qu’il n’en reste que la réverbération, donnant un côté hanté à l’ensemble, comme le négatif d’une chanson de pop. Petit à petit, cet effet, qu’iels posent aussi sur les voix – souvent féminines – est devenu la marque de fabrique du « cloud rock », son signe distinctif.
Côté esthétique, c’est encore Charlotte Calamel Duprey qui en parle le mieux : « C’est assez soft emo, teenage qui a grandi, cottage core mais make it fashion week à la danoise. » Ce qui est aussi drôle que précis.
Le site Album Of The Year parle, lui, de « solitude réconfortante » pour décrire l’ambiance d’une nouvelle playlist Spotify qui a en quelque sorte entériné le genre « cloud rock » sans pour autant le nommer : cph+, pour « Copenhague », centre névralgique de ce son que le média Pitchfork, à travers la chronique de l’album Lifetime d’Erika de Casier, a qualifié de « douce puissance ».
Les artistes « cloud rock » du programme Avant-Garde du Pitchfork Music Festival Paris 2026 :
SELL EVERYTHING, Mackeeper, The Healing Power Of Horses, Sex Week, Bleary Eyed, Deer park, Fade Evare, Rockie Rode, Officer John, Hether, zzzahara, Freak Slug, lots of hands
Sylvain Di Cristo — La Pieuvre