Édito | Le rock revient, porté et rajeuni par les femmes — feat. La Pieuvre
Et ce n’est pas trop tôt.
Le journaliste Sylvain Di Cristo aka La Pieuvre explore une scène rock récente largement redynamisée par de nouvelles artistes féminines.
En collaboration avec La Pieuvre
C’est l’un des phénomènes les plus enthousiasmants du moment : les groupes de rock avec des femmes se multiplient, au point de revitaliser une scène rock portée un peu disparue depuis 25 ans.
D’abord, un premier constat : des femmes dans le rock, il y en a toujours eu, mais sous·représentées, invisibilisées et trop vite découragées par le sexisme du milieu. Et il y a encore beaucoup de boulot à faire.
Les chiffres le prouvent : en 2018, une étude commandée par la marque de guitare Fender révélait que 50 % des nouveaux guitaristes étaient des femmes. Pourtant, au Hellfest, plus important événement rock au monde, on tourne autour de 3 % d’artistes féminines programmées. Entre les deux, quelque chose se perd.
Deuxième constat : depuis les Strokes, les sonorités rock ont progressivement disparu de la pop, au profit du rap ou de la musique électronique. C’était il y a 25 ans. Et 25 ans, c’est assez long pour qu’une génération entière de femmes s’autorise à se dire que le rock lui appartient aussi. Aujourd’hui, on en récolte les fruits.
Par exemple, dans la playlist Top of the Rock, l’une des playlists rock les plus suivies de Spotify (plus de 550 000 abonné·es), les artistes masculins dominent encore en nombre – mais la plupart sont des groupes installés depuis plusieurs décennies, comme Paul McCartney, Kasabian ou Muse. En revanche, les formations féminines qui s’y trouvent sont plus récentes. Il n’y a qu’à regarder l’année de sortie de leur premier album : 2017 pour The Warning, 2021 pour Olivia Rodrigo, 2024 pour The Last Dinner Party – des groupes qui comptabilisent des millions d’écoutes mensuelles sur la plateforme.
Autre exemple : la multiplication des initiatives qui encouragent une plus grande diversité sur scène, derrière la scène, et même dans la fosse. Citons le festival 100 % féminin organisé par Olivia Rodrigo, Daisy Chain Fields ; ou le mouvement de la bassiste française Lola Frichet, More Women On Stage, qui veut créer un réseau de professionnelles de la musique ; ou encore l’habitude qu’ont prise certains groupes – comme le girl band de metal Die Spitz, ou même, récemment, le mastodonte Linkin Park – de créer, le temps d’un morceau pendant leurs concerts, un espace réservé aux femmes pour qu’elles puissent pogoter entre elles.
Tout ça converge vers un même résultat : les femmes composent de plus en plus les nouveaux groupes de rock, et en sont même les leadeuses. En le faisant, elles apportent leur propre regard, leur propre expérience, leur propre son et leur propre voix, offrant au rock quelque chose de nouveau à dire.

Sylvain Di Cristo — La Pieuvre