Édito | Le trip-hop est partout, de l’underground au top de la pop — feat. La Pieuvre
Et ce n’est pas qu’une question de cycle
Le journaliste Sylvain Di Cristo a.k.a. La Pieuvre analyse la résurgence d’un genre particulièrement présent cette année au Pitchfork Music Festival Paris 2026.
En collaboration avec La Pieuvre
De l’avant-garde musicale comme Trickpony, A.S.O. ou Vegyn, jusqu’au top de la pop mondiale comme Addison Rae, Kelela ou FKA Twigs, le trip-hop semble être à nouveau partout. Mais comment expliquer ce retour en grâce de ce genre né à Bristol dans les années 90 ?
Cet été 2026, la musique électronique a déploré la disparition de l’un de ses grands producteurs, William Orbit. C’est lui qui, en 1998, a notamment façonné l’un des albums de trip-hop les plus populaires du monde, Ray Of Light de Madonna.
25 ans après sa sortie, cet album n’a jamais sonné aussi actuel. Dernièrement, ses sonorités trip-hop et psychédéliques ont resurgi dans les tendances, au point qu’on se demande si le trip-hop n’est pas en train de renaître de ses cendres. Une résurrection qui n’est pas le fruit du hasard, et qui a à voir avec ce qu’a traversé la société cette dernière décennie.
Pour Les Inrocks, ce retour du trip-hop serait « le syndrome d’une époque du tout accessible qui dépoussière des classiques […] une capsule d’un temps plus simple, une échappatoire aux anxiétés d’une société surconnectée. »
On peut également aller plus loin. Pour Trickpony – l’un des meilleurs projets trip-hop post-2020 – les origines de ce renouveau sont difficiles à cerner mais le trio estime que « tout est cyclique », et donc que « tous les genres finissent par revenir, surtout lorsque certains aspects de la musique font écho au contexte politique ou culturel de l’époque. » Et précise :
« Depuis la pandémie, les gens ont ralenti le rythme et se sont mis à rechercher une musique qui reprend les sonorités familières de la culture club, mais sous une forme plus intimiste et introspective, plus adaptée à une écoute à la maison. » — Trickpony pour Bandcamp Daily, 2025
Ça ne pourrait pas être plus vrai. Revenons en arrière : en 2020, pas longtemps avant que le Covid vienne tout arrêter, la scène club parisienne était en train de faire une allergie à la techno berlinoise qui la tunnelisait depuis une bonne décennie. À la rythmique en 4/4, strictement comprise entre 128 et 135 bpm, succédait la locomotive du breakbeat, qui commençait à s’infiltrer dans des DJ sets qui pouvaient alors faire deux fois le tour du cadran des bpm et mélanger plusieurs genres musicaux différents.
Or, la pandémie, survenue pile à ce moment-là, priva les clubbeur·ses de dancefloor et les obligea à adapter leur consommation musicale à un format d’écoute à la maison, forcément plus lent. Et comment appelle-t-on du breakbeat compris entre 60 et 90 bpm ? Du trip-hop. Mélangez ça à l’actualité très anxiogène du moment, une jeunesse artistique désabusée mais pas moins curieuse, et le grand retour en tendance des années 2000 (la « Y2K era »), et vous obtenez le son post-trip-hop d’aujourd’hui.

Sylvain Di Cristo — La Pieuvre